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Les cantates de Jean-Sébastien Bach

 

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La place de la cantate de Jean-Sébastien Bach dans le culte

La musique constitue pour Luther et dans la liturgie luthérienne un élément subjectif important, devant participer à l’édification des fidèles au cours du déroulement des cultes.

Une telle richesse n'était pas totalement évidente dans le protestantisme, car une des idées de base de la Réforme était de permettre une véritable participation des fidèles au culte, à tous les fidèles quelle que soit leur niveau d'instruction ou leurs talents. C'est ainsi que Calvin a exclu toute musique polyphonique dans la célébration des cultes, ce qui a conduit à imposer, au moins dans les premiers temps, un chant exclusivement à l’unisson, avec en particulier le célèbre Psautier de Genève, encore chanté. La musique protestante existait dans le calvinisma, mais dans les salons ou en famille.

Par contre sous l'impulsion de Luther, il y eut une musique religieuse de grande richesse en Allemagne, y compris au cours du culte, dès les premiers temps de la Réforme luthérienne. Le chant des fidèles y prenant une place sous forme de chorals souvent encore chantés aujourd'hui. Dans ce répertoire, Jean-Sébastien Bach occupe une position dominante avec une incroyable qantité de chef d'œuvres. Le choral est repris dans les œuvres vocales polyphoniques avec ou sans support instrumental, et s’entourant d’interventions diverses, vocales (récitatifs, aria) et instrumentales (symphonia, ritournelles).

La destination de ces œuvres suit les dimanches spécifiques, les fêtes et les temps de l’année liturgique : Avent, Noël, Nouvel An, Epiphanie, Passion, Pâques, Pentecôte, temps ouverts...

Jean sébastien Bach ne fait pas exception sur ce plan, pour comprendre ses cantates, il faut les replacer dans ce temps liturgique et dans la théologie luthérienne, dans la sensibilité de son époque. Ces éléments conduisent le choix des textes, l'écriture et l'harmonisation de la musique et des chorals.

Les œuvres vocales polyphoniques religieuses se rattachent à trois types :
les cantates, les oratorios, et les motets.

Cantate : la cantate est une œuvre pour voix et instruments, plus élaborée que le motet de nature exclusivement vocale (choral, texte biblique) pour petites formations, bien que certains musicologues aient considéré la participation d’un accompagnement au moins à l’orgue (J.S. Bach en a composé plusieurs). Elle comprend des chœurs, récitatifs, aria (exprimés par un(e) soliste avec appui instrumental) et ritournelles instrumentales. D’abord profane, surtout en Italie, elle est devenue religieuse en Allemagne par l’adoption et l’adaptation de textes bibliques (cantate biblique) et/ou de chorals (cantate-choral par utilisation des strophes des chorals, chaque mouvement de la cantate étant une variation sur le thème initial). Des textes libres ou poétiques plus ou moins lyriques (aria) alternent généralement avec autres éléments. Les principaux auteurs de textes libres ou rimés dont s’est inspiré J.S. Bach ont été Erdmann Neumeister (1671-1756) et Picander, pseudonyme de Christian Frédéric Henrici (1700-1764). Mais J.S. Bach aurait lui-même aussi écrit divers textes libres.

À l’époque de J.S. Bach, la cantate est le prolongement musical du culte pendant lequel elle est exécutée en une ou plusieurs parties encadrant la prédication. La cantate débute généralement par une introduction instrumentale, un chœur, quelquefois un aria. Elle se termine toujours par un choral à 4 voix, qui tient également de moment de prière. J.S. Bach a conféré des structures très variables à ses cantates, apportant souvent des innovations. Il a composé ses cantates pour 5 cycles annuels de 59 cantates destinées à chacun des dimanches de l’année liturgique luthérienne, soit environ 350 cantates, dont seulement 250 nous sont parvenues. Dans un document conservé, il donne le déroulement du culte destiné du matin du 1° dimanche de l’Avent à Saint-Thomas de Leipzig, au cours duquel s’insérait la cantate du jour « Nun komm der Heiden Heiland » - « Viens maintenant Sauveur des païens » (BWV 61) :

Oratorio : L’oratorio est une œuvre profane ou religieuse pour soli, chœur et orchestre exécutée en concert. Il est proche d’un opéra, à la différence qu’il n’y a pas de représentation scénique. Comme la cantate d’église, il se développe par une succession de chœurs, récitatifs, aria et ritournelles instrumentales. Il est plutôt du type « cantate-biblique », car il a pour vocation la traduction musicale de textes bibliques relatifs à la vie du Christ (Noël, Pâques, Pentecôte chez J.S. Bach). L’élément central est le « récitatif » qui a pour rôle de présenter le texte biblique autour duquel vont se développer aria (textes libres ou en rimes), chœurs et parties instrumentales. Le récitatif est présenté par un « récitant », généralement un ténor. D’autres voix peuvent intervenir lorsque des personnages tiennent un rôle spécifique. J.S. Bach a composé trois oratorios : ceux de Pâques et de Pentecôte, et celui de Noël, le plus important et aussi le plus connu.

La foi de Jean-Sébastien Bach à travers quelques inscriptions

Jean-Sébastien Bach avait un important rayon de théologie dans sa bibliothèque personnelle, cette recherche personnelle montre une foi vivante, surtout qu'il avait un emploi du temps très chargé.

SDG de BachCe n'est donc pas seulement par routine, ou comme une superstition qu'il commençait la plupart de ses compositions par une prière pour demander de l'aide au Christ et qu'il terminait par une louange à Dieu. Mais il y a là une théologie, une foi, une façon de vivre.

En effet Jean-Sébastien Bach a composé près de 10 000 pages de musique, une œuvre immense. Il paraît qu'il a inscrit en bas de presque chaque page les lettres S.D.G. l'abréviation de sa devise “ Soli Deo Gloria ” qui signifie “ À Dieu seul soit la gloire ”. Il s'agit du plus essentiel des grands principes du protestantisme, celui qui résume tous les autres, centrant le culte sur Dieu seul, posant le Christ seul comme médiateur entre Dieu et nous, l'Écriture seule comme autorité, la grâce de Dieu seule comme source du salut, et la foi seule posant la relation à Dieu comme étant l'essentiel de la vie chrétienne, et non les rites. Il ne s'agit pas d'une simple humilité de la part de Bach, quand il choisit cette devise, mais bien du pivot de sa théologie, et du sens de son œuvre.

InJ de BachTrès souvent il inscrivait aussi en haut de la partition les lettres I.N.J. abréviation de "In Nomine Jesu" qui signifie "Au nom de Jésus". Nous retrouvons ici d'autres des grands principes cités plus haut, mais celui du Christ seul et de la foi seule, puisqu'il s'agit bien d'une prière, ici, même si cette prière est silencieuse et simplement terminée, comme le Nouveau Testament nous le propose, par "au nom de Jésus-Christ". Quel peut être cette prière silencieuse de Jean-Sébastien Bach, avant de commencer à composer une œuvre ?

partition de BachUne autre inscription peut nous en donner une idée, il a parfois inscrit en marge d'une partition l'inscription J.J. pour "Jesu Juva", c'est-à-dire "Jésus aide-moi". Cette prière est donc une invocation qui demande à Jésus de l'inspirer pour son travail. Bach conçoit donc ce travail de composition comme un ministère, qu'il se sent apôtre, envoyé en mission pour porter l'Évangile.

La forme de cet Évangile selon Jean-Sébastien Bach est la musique, qui lui permet de mettre en valeur le texte des évangiles ou la prédication, mais il marque son SDG même sur des œuvres profanes, la forme est alors à la fois le contenu de son Évangile : la bonne nouvelle de la beauté de la vie et de l'âme humaine.

Mais le point fondamental de l'Évangile selon Bach semble être très proche de ce que Luther plaçait également comme cœur de l'Évangile. En effet, sur la partition du Canon BWV 1077, JEan-Sébastien Bach a écrit “ Symbolum Christus Coronabit Crucigeros ”. Il s'agit du "symbole", c'est-à-dire, dans le langage de l'époque, de la confession de foi de Bach : “ Christ couronnera ceux qui portent sa croix ”. Et Bach dédie, en bas à droite, son œuvre “ au Seigneur qui possède ", à Dieu seul.

Marc Pernot

Deux cantates au lieu d’une : les cantates BWV 22 et 23 de Jean-Sébastien Bach

Le 7 février 1723 est une date curieuse dans l’histoire des cantates de Bach. En effet, d’après les recherches actuelles, il y a deux cantates qui semblent avoir été composées pour le même jour. Cela en fait une de trop !

En fait, cette date était celle où Bach devait concourir en vue de l’obtention du poste de Cantor à Leipzig, et donc donner une cantate de sa composition. Pour cela, il avait préparé une cantate qui nous est parvenue sous le numéro 23. Cette cantate est une pure merveille, c’est une petite cantate toute faite de finesse, d’intériorité, d’originalité. Elle ne cherche pas les effets faciles, pas de grand chœur d’entrée, une instrumentation simple, une forme réduite au minimum avec juste trois numéros : un duo Soprano Alto, puis un récitatif et un chœur. Difficile de faire moins dans la forme, et de faire plus complexe musicalement. La pureté, le dépouillement et la profondeur à l’état pur.

signature de BachMais avant lui, parmi les autres candidats, un nommé Graupner avait donné une cantate qui avait enthousiasmé le Conseil municipal. Bach connaissait bien Graupner, et aussi le style de ses œuvres dont on comprend, avec le recul, qu’elles n’aient pas laissé une grande trace dans l’histoire ! Bach saisit qu’il n’a aucune chance de plaire avec sa cantate dont les subtiles complexités et l’anticonformisme ont toute chance de ne pouvoir être compris par le jury. Il en compose alors rapidement une autre, pour plaire, dans le but de réussir son concours et donc de séduire le jury. Cette cantate nous est aussi parvenue, elle porte le numéro 22 (elles ont été numérotées à l’envers...). On ne peut pas dire que cette dernière cantate soit vilaine, mais elle est beaucoup moins originale et intéressante que l’autre. Elle répond aux critères formels et classiques que désirait la bourgeoisie. Elle a, comme il le fallait normalement, un chœur d’entrée et un choral final avec airs et récitatifs entre les deux. Elle comporte enfin les 5 numéros minimums, et surtout elle est beaucoup plus facile d’accès. Il y a bien dans le numéro d’entrée une utilisation contrapuntique du chœur d’assez bel effet, mais celle-ci est assez élémentaire pour être facilement compréhensible. Ensuite deux airs simples, suffisamment dansants pour plaire, séparés par un récitatif plein d’effets évidents et de clichés. Bref, tout cela n’est pas de la plus haute volée.

Cette cantate a eu le plus grand succès, Bach ne s’y était pas trompé.

Cela montre que Bach savait très bien faire de la musique pour plaire quand il le voulait. Aujourd’hui, nous mettons sa musique très loin au-dessus de celle de ses contemporains, mais on sait qu’il n’a pas eu de son temps le succès qu’il aurait mérité. Or c’est certainement parce que Bach n’a jamais cherché la gloire personnelle qu’il a pu nous laisser une musique aussi extraordinaire, transcendante. Nous voyons là que Bach aurait pu avoir ce succès que d’autres avaient ; il savait très bien comment faire pour être apprécié. Mais heureusement pour nous, il a toujours voulu faire le meilleur, même s’il risquait alors d’être incompris.

L’explication, on la trouve au bas de la plupart de ses œuvres, il y ajoutait les trois lettres : S.D.G. ce qui veut dire Soli Deo Gloria : “ À Dieu seul la gloire ”. Bach ne composait pas pour plaire aux hommes, mais pour plaire à Dieu. Il ne cherchait pas la gloire humaine, mais toute son œuvre était offerte à Dieu, pour Dieu et c’est pour ça qu’il a fait le meilleur, par grâce. C’est l’une des plus belles illustrations de la mentalité protestante.

Louis Pernot

 

 

 

Jean-Sébastien Bach

Jean-Sébastien Bach jeune